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L’ESTHETIQUE FEMININ FNCF 2013
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  SCULPTURE, CERAMIQUE, POTERIE, MOSAÏQUE

La sculpture, la céramique, la poterie et la mosaïque sont des formes d’expression artistique étroitement liées à la terre, puisque l’argile est leur matériau par excellence. La terre avec un grand T, c’est la déesse Gé des Grecs de l’Antiquité, c’est la terre-mère, le terreau fécond et nourricier. C’est aussi le giron procréateur et c’est la destination ultime de ceux qui ont vécu, euphémisme en usage chez les Romains pour désigner ceux qui ne sont plus.

Dans un de ses quatrains, Omar Khayyâm évoque ce cycle de vie : « Avant-hier, je passais près d’un potier habile, dont les doigts modelaient, malléable, l’argile. Etais-je seul à voir que c’était nos aïeux, dont la poussière allait de main en main agile. » Il s’agit bien d’un cycle, figure géométrique sans début, ni fin. En ce sens, le potier et, par extension, le sculpteur, le céramiste et le mosaïste redonnent métaphoriquement vie à la matière inerte : le minéral renaît grâce au geste créateur de l’artiste. Un mystique hindou a dit :
" La vie est éternelle, seule la mort est mortelle."

Oxymore apparent qui ne recèle nulle contradiction, car l’art est le produit de ce que Platon appelait « furor divinus », la folie di¬vine ; il est fondamentalement spirituel. Son dessein persiste et se perpétue au-delà de l’existence physique.
L’art est donc synonyme de vie, d’optimisme et d’espoir. Or, qui donne la vie ? L’ancêtre féminine de l’humanité s’appelle Hawa, terme qui, étymologiquement, signifie « vie » ou « vivante ». Il existerait ainsi un lien originel et transcendant entre la femme-artiste et les disciplines artistiques dont il est question dans notre propos. Peut-être cela explique-t-il le caractère authentique de la création féminine. Mais ce lien transcendant n’est ni organique, ni génétique, sinon cela impliquerait l’existence d’une forme de prédestination, un certain déterminisme, qui exclurait le libre arbitre et l’autonomie de la création. C’est pourquoi il faut prendre garde à ne pas verser dans le schéma réducteur, observé parfois, qui tend à singulariser l’art des femmes et l’inclure dans une catégorie qui lui serait propre. Lacan disait : « L’inconscient ne connaît pas la différence des sexes. » Le talent artistique n’est ni masculin ni féminin ; il est humain. Cela dit, et pour des raisons historiques objectives, la femme artiste algérienne a développé sa propre vision de la question esthétique. Elle a participé, à sa manière, à la résolution des problèmes inhérents à la création artistique et artisanale. Elle a su opérer la jonction entre la tradition et la modernité. Celles-ci vont se côtoyer, faire des emprunts réciproques. La première tire ses éléments conceptuels et symboles du patrimoine culturel ancestral, la seconde use volontiers des canons de l’esthétique moderne. Deux démarches complémentaires, l’une aspire à l’authenticité ; l’autre est une attitude postmoderne visant à marquer l’art contemporain algérien du sceau de l’universalité. Les deux approches respectent le sens de l’histoire et sa cohérence.


Vers la fin du néolithique, il y a environ cinq mille ans, les populations occupant le territoire de notre pays aujourd’hui se sédentarisent, commencent à travailler la terre et créent l’agriculture. Est-ce un lien direct avec la terre qui les incite à modeler celle-ci,la façonner pour créer des ustensiles ? Le constat est là : la poterie fait son apparition. L’art pariétal est transposé sur les surfaces durcies au feu de ces objets utilitaires inédits. Il est revisité, remanié, adapté au changement d’échelle et de technique. Ce changement qualitatif aura un impact incommensurable sur la vie des gens de l’époque et des générations ultérieures. Un fait saillant émerge de ce tournant historique : la poterie a été, dès l’origine, l’œuvre des femmes. Le geste créateur de la femme-artiste remonterait aux temps immémoriaux des débuts du néolithique local. Après l’avènement de l’agriculture, un partage des tâches semble s’opérer : les hommes sont mobilisés par les travaux des champs, alors que les femmes s’occupent des affaires domestiques, et elles inventent la poterie. Ces potières antiques et pré-antiques utilisent tôt un langage pictural remarquable, riche, divers et volubile. Leurs homologues contemporains s’inspirent à ce jour de cet art intemporel.

C’est par le biais de cet art rural, presque exclusivement féminin, que la pensée humaine pose les premiers jalons civilisationnels

C’est un art qui s’exprime sans parler. L’oralité est d’abord absolue, l’écriture n’étant pas encore inventée. Pourtant, le lexique imagé de ces potières ancestrales véhicule déjà un message. Il ressemble à une proto-écriture qui, de symbole en symbole, de stylisation en stylisation, évolue vers des concepts abstraits, autrement dit vers un alphabet. Les pictogrammes évoluent en idéogrammes qui vont constituer le premier registre d’écriture proto-berbère. C’est la naissance d’un art qui propage le savoir. A la différence des traces pétrifiées de cet alphabet-premier que l’on retrouve gravées sur de la roche, les objets en terre cuites représentent un support transportable et commode. Il n’est pas exagéré de dire que c’est par le biais de cet art rural, presque exclusivement féminin, que la pensée humaine pose les premiers jalons civilisationnels qui donneront naissance à un imaginaire transmissible, cimenté par l’écrit. Imaginaire de magie et de croyances diverses, de mythes, qui sont les balbutiements de la pensée philosophique et religieuse en gestation. La symbolique particulière de cet art et ses connotations cosmogoniques sont reprises, dès la période historique, par les premiers Berbères dont la poterie acquiert très tôt un cachet spécifique. On y décèle l’invocation d’un dieu cosmique et transcendant, la nature impérissable de l’âme, le dualisme sacré/profane. Pensée singulière qui expliquerait le fait que les Berbères aient accueilli et adopté sereinement l’islam, trouvant en lui l’essence et le reflet de leur âme. L’abstraction picturale berbère antéislamique trouve dans l’abstraction picturale musulmane le prolongement naturel de ses motifs et motivations. Bien plus, elle participe à l’enrichissement de cette dernière, lui donnant un cachet autochtone. Les femmes-artistes d’aujourd’hui puisent leur inspiration dans cet héritage doublement fructueux. Le registre est riche : le zigzag/ signe de l’eau, la flamme du feu, le triangle lié à la fécondité, la croix, les lignes parallèles, croisées ou tressées, la roue, le soleil rayonnant, le croissant de lune, le damier, la flèche, l’oiseau, le serpent, etc. Ces signes nous sont parvenus intacts, preuve, s’il en faut, de leur constance et de leur pérennité. A l’avènement de l’islam, ce patrimoine s’enrichit des apports introduits par la nouvelle foi : calligraphie arabe, figures géométriques, motifs végétaux et floraux et autres arabesques. Ceci s’applique surtout à la céramique, la poterie ayant conservé son caractère typiquement berbère, préservant sa palette chromatique d’origine, sobre à dominante ocre naturelle. Il est assez symptomatique de constater que les femmes des différentes régions de notre pays, arabophones et berbérophones, fabriquent indistinctement une pote¬rie homogène par son registre, qui reste très berbère. Manifestation évidente de l’unicité ethnique et culturelle de notre peuple.
 
Les femmes-mosaïstes d’aujourd’hui (...) ont une approche qui se veut contemporaine et engagée ;

Pendant la période romaine apparaît un nouveau mode d’expression artistique, qui est la mosaïque. Des fresques d’une grande beauté et d’une grande maîtrise technique nous sont parvenues. On peut les voir à Cherchell, Tipaza, Djemila, Tiddis, Timgad, etc. Elles représentent, pour la plupart, des scènes de genre, des moments de vie des gens de l’époque et des illustrations de leur imaginaire guerrier et mythico-religieux. Les femmes-mosaïstes d’aujourd’hui n’hésitent pas à visiter cette période historique et en tirer l’enseignement idoine. Leur approche se veut contemporaine et engagée ; la thématique change et traite de sujets qui préoccupent le citoyen d’aujourd’hui, tenant compte des siècles d’histoire accumulée depuis. Sur le plan de la forme, la mosaïque n’est plus enclavée dans l’encadrement classique, rectangulaire, carré, rond ou ovale, dont la rigueur rappelle un carcan. Aussi les limites de l’œuvre sont-elles démantelées, libérant cette dernière et lui donnant l’opportunité d’occuper l’espace pictural, selon l’inspiration du moment. L’image peut déborder à loisir, et le caractère aléatoire de ce mouvement imprime à l’œuvre une note de spontanéité et de fraîcheur, mais c’est une note nimbée de mystère, qui avive l’intérêt et l’interrogation. Sur le plan de l’achèvement pratique, la mosaïque tire profit des progrès techniques de la céramique moderne dont elle est le produit dérivé. Les tessères, petits cubes en terre cuite utilisés en mosaïque, étaient à l’origine des morceaux et des débris provenant d’ustensiles domestiques cassés par inadvertance ou volontairement dans le but d’en faire ces petites briques cubiques qui servent à architecturer une mosaïque donnée. A l’origine, la tessère était monochrome, de couleur ocre ; par la suite, elle a subi l’émaillage et l’engobe qui ont enrichi sa gamme de couleurs. De nos jours, la tessère est spécialement découpée en cubes et autres volumes, puis émaillée avant l’usage. En céramique, l’utilisation d’émaux modernes à large palette de couleurs et d’effets spéciaux permet de varier à l’envi les possibilités de l’artiste et confère à l’œuvre des qualités inédites. La cuisson en atmosphère réductrice (fours à gaz ou à bois) ou oxydante (fours électriques) aboutit à des résultats tranchés : couleurs lustrées par l’oxyde de carbone, comme vieillies par la patine du temps (atmosphère réductrice) ; couleurs nettes, vives et fringantes (atmosphère oxydante). Les supports se diversifient : objets variés et multiformes conçus sur le tour du potier, biscuits industriels, carreaux préparés par l’artiste lui-même, plaques de cuivre. Les émaux sont soit opaques, soit transparents, ou en grenailles. La céramique et la sculpture se rejoignent.
 
Les artistes-femmes contribuent au décloisonnement des disciplines

La sculpture n’hésite pas à recourir aux possibilités qu’offre la céramique en combinant sur une même œuvre les deux disciplines. La sculpture d’aujourd’hui passe du modelage traditionnel au travail du métal, qui est trituré, malmené, chauffé à blanc, scié, limé, tronçonné, percé, vissé, soudé, déformé, reformé, poncé. Le métal rouillé retrouve un nouveau destin, chaque pièce usagée et fatiguée d’un quelconque moteur de voiture attend son heure de gloire, qui la ressuscitera, lui donnera une seconde vie et la fera passer de la roture d’un bout de ferraille à la noblesse d’une œuvre d’art. Aïcha Haddad, artiste et ancienne moudjahida, aujourd’hui disparue, s’est attelée à exploiter les possibilités nouvelles que permet le métal. En soudant toutes sortes d’instruments, clés de mécanicien et autres objets similaires, elle a créé des œuvres d’un achèvement étrange et captivant. A l’instar des alchimistes d’antan qui cherchaient le secret de la transmutation des éléments, elle procède à la métamorphose symbolique du métal en bois. Devant ses arbustes métalliques, on voit le végétal d’abord, pour constater après-coup la présence du métal. C’est un art de la récupération. L’objet trivial acquiert une valeur nouvelle et une fonction à l’opposé de celle à laquelle il était destiné. D’objet banalement utilitaire, il devient source de plaisir esthétique et incite à la contemplation. Cette forme d’art joue également un rôle écologique en recyclant les rebuts destinés à la décharge. Les sculpteures font varier les supports, passant du bois au grès, du marbre au granite ; elles jouent sur les caractéristiques physiques des différents métaux, tels le fer et le cuivre ; elles procèdent au coulage en bronze de leurs œuvres. Les voies multiples de la création artistique sont exploitées sans discrimination : figuratif, semi-figuratif, décoratif, abstrait, abstraction lyrique, recours aux schèmes éprouvés de l’art arabo-berbéro-musulman, incursions sans préjugés dans l’art mondial. Un élément unifie, cependant, ces différentes approches : l’algérianité de l’œuvre, à travers un engagement sensible face aux problèmes de l’heure. L’œuvre devient alors grave, la notion du beau est revisitée, le style se fait sévère et sans concessions. Le caractère d’algériani¬té ne rejette pas l’universalité, car cet art de femmes-artistes est fondamentalement humain et humaniste.
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